dimanche 26 juillet 2009

Le poids de l'amour

Roger rentre sans un bruit. Lourd silence. Roger est plus petit qu'il y a deux minutes. Il interpelle Nina lisant sur le lit.
- J'ai froid. Je rentre et pourtant j'ai froid. J'ai affreusement froid à l'intérieur, pourtant dehors la nuit est chaude. Si chaude que les hommes en rougissent.
Nina le regarde du coin de l'œil, continuant à lire.
- On ne dirait pas que tu as froid, tu sembles comme d'habitude.
- Ah mais que tu es bête parfois! Le froid ça ne se voit pas, ça se sent. Ça se sent mais tu n'es pas moi alors tu ne sais pas, tu ne sais rien, tu es bête et pourtant j'ai froid. Je tremble et j'ai mal. Et regarde toi, tu t'en fous, tu ne m'écoutes pas! Je te dis que j'ai froid et tu restes là plantée avec ton livre. Tu ne me demandes même pas si ça va, si c'est grave.
- Mais je sais que ce n'est pas grave mon chéri. Tu as du prendre un courant d'air, regarde s'il n'est pas resté accroché au bouton de ta veste. Voilà tout.
- Ah c'est bien toi ça! Tout prendre à la légère. Tu t'en fous c'est tout, tu peux le dire. Je te connais. Je sais. Tu ne m'aimes pas, d'ailleurs. S'il n'y avait pas une porte à cette maison tu serais déjà parti.
Nina lâchant son livre des yeux, se met à rire.
- Mais enfin Roger que t'arrive t'il?
- Je te l'ai dit, j'ai froid. Je me sens de plus en plus mal. Je sens mes os se tasser. J'ai l'impression qu'on m'écrase et ça me pèse. Et toi, tu t'en fous.
Il pleure, Nina se lève et le prend par les épaules, elle est plus grande que lui et le soulève presque.
- Mon chéri, mon chéri, je suis désolé. Je ne m'en fous pas. Je pensais que tu te moquais de moi. Ça va?
- Ça va un peu mieux, tu peux me lâcher (il tombe). Mais enfin Nina, tu ne peux pas faire attention? Tu veux me tuer? Mais oui j'en suis sure! Tu aimes un autre homme, ou plusieurs même, et tu veux te débarrasser de moi pour avoir la clef de la maison et partir les voir!
- Mais enfin non!
- C'est sûrement ta faute si j'ai froid, d'ailleurs. C'est sûrement ta faute si j'ai mal. Je souffre. Je souffre parceque. Toi tu sais. Tu ne t'occupes jamais de moi. Tu ne me remarques pas. Tu es là et ailleurs à la fois. Tu as pourtant tout ici. Je t'apporte à manger, à lire, je te fais l'amour une fois par semaine. Ça ne te suffit pas.
Elle se baisse et pose la tête de Roger sur ses cuisses nues, elles ont l'odeur des bois, il se recroqueville comme un enfant et laisse sa langue pendre.
- Roger, mon Roger (elle caresse ses cheveux en disant ça), tu es bon pour moi et voilà comment je te remercie, je suis si sotte. Mais j'avoue que parfois j'aimerais sortir, voir le monde.
- Je le savais (il le dit dans un souffle). Je savais qu'un jour. J'ai froid car j'ai peur. Mais j'ai aussi mal.
- Et pourquoi as tu mal?
- Parce que je t'aime.
- Ça passera.
Il la regarde mais tout est flou. Il fait maintenant la taille d'une main.
Plus tard, sans faire exprès, le confondant avec une guêpe elle l'écrasa avec son livre, celui sur lequel on peut lire "le poids de l'amour".

5 commentaires:

vincent a dit…

Pas de sang pas de haine..
C'est le supplément week-end.

Beau texte..j'espère sincèrement que tu penses à faire une sorte de recueil.
:)

Féebrile a dit…

J'aimerais énormément

Féelonia a dit…

J'aime ces mots...
Sont ils de toi?

Féebrile a dit…

Féelonia, oui en effet

Anonyme a dit…

j'ai été happée par ton texte. Tu sais, quand on oublie le monde le temps du récit.
ça m'a fait penser à Vian.