dimanche 15 janvier 2012

Les imitateurs

Il me faut l'écrire quelque part avant d'oublier totalement. Tout a commencé il y a de ça trois mois. Il s'était passé un an depuis notre rencontre en cure. Nous nous aimions mais commencions à trop nous connaitre. L'habitude avait remplacé la passion des premiers jours. Les non-dits s’amoncelaient... mais, comme souvent, je veux dire, nous n'étions pas pire que d'autres. Au contraire, notre amour était encore d'une telle force que la regarder me suffisait pour simplement sourire. Son âme était imprégnée en moi. C'était vraiment ce qu'on pouvait appeler une âme sœur. Malgré, ou peut être à cause de ces sentiments, la tiédeur du quotidien nous faisait horreur, reprochant silencieusement à l'autre de ne rien faire pour la contrer, tandis que nous même étions trop fatigués, trop embourbés dans cet état pour changer ça.
Ce jour là, je ne sais pas qui a commencé, si, c'était moi, je me suis assis à sa place dans le salon, nous avions notre' territoire', notre place respective depuis le début mais je ne sais pas, ELLE était encore dans la cuisine et je voulais lui faire une petite farce pas trop fatiguante. Elle est arrivée, m'a regardée étonnée puis amusée, elle s'est assis à ma place d'un air de défis. Il y eu quelques secondes de silence puis, tout en jubilant, elle me dit d'une voix grave qui se voulait être une grossière imitation de la mienne:
"Ça va ma chérie, on fait quoi ce soir? J'entrai dans son jeu et pris la voix la plus féminine possible.
-Pourquoi ce serait à moi de décider, je ne sais pas moi! Son regard se fit incendiaire.
-Ok, j'ai compris." Elle se mit à prendre mes tics, ouvrit ses cuisses pour se poser balourdement, attrapa une cigarette dans une main et le verre de bière dans l'autre. Elle aspira sans grâce puis bu une gorgée en faisant tout un boucan. Je rougis mais sans me démonter je pris aussi son allure, croisais les jambes, jouais avec mes cheveux, raclais ma gorge comme elle le faisait souvent. Une conversation débuta alors où chacun montra au grand jour les travers de l'autre. Au bout d'une heure nous nous calmâmes un peu, je me répétais ses mots en me demandant si j'étais aussi méchant et ridicule qu'elle quand elle les disait. J'imagine qu'elle faisait de même. Je voulais arrêter ce jeu stupide mais j'étais blessé, mal à l'aise, je ne pouvais pas faire le premier pas. Je la regardai alors tristement pour qu'elle comprenne qu'il fallait stopper ça, mais elle continua triomphante:
"Tout ce que tu sais faire, c'est te plaindre égoïstement, elle se reprit, mais... mais je t'aime quand même ma chérie, si nous allions nous réconcilier sur l'oreiller?
C'était exactement les mots que je disais quand nous nous disputions, je répondis donc avec les siens, quand elle n'était pas de bonne humeur.
-Oui, mais fais vite."
Elle grogna et j'allai m'allonger sur le lit sans bouger. Elle me chevaucha et j'en fus très excité. Cette nuit là, elle fut passionnée et moi tendre, nous ne connûmes jamais une telle osmose. Le lendemain matin j'avais oublié le jeu, j'étais juste bien. Elle, était déjà debout, devant un livre, le mien. J’eus une seconde d'appréhension mais elle me sourit, je me rassurai quand elle dit alors d'une voix grave:
"C'était sympa cette nuit, j'espère qu'on remettra ça!" Je fus surpris de m'entendre lui répondre timidement avec sa voix:
"On verra."
Et la journée se poursuivit ainsi. Je voulais arrêter le jeu mais je n'y arrivais pas, d'abord à cause de ma fierté qui m'empêchait d'être le perdant et puis il y avait autre chose je ne sais pas trop, un étrange sentiment. Cela m'amusait.
Le jeu dura et ça ne semblait gêner personne. Quand nous devions voir des amis, nous reprenions nos identités mais avec chaque fois plus de mal, si bien qu'à la fin c'était ces moments là qui nous semblaient être des rôles. Nous finîmes par ne plus sortir de chez nous. On s'amusait quand même follement. Nous étions parfaits dans nos rôles respectifs. Le bonheur était de nouveau là.
Mais voilà, j'ai de plus en plus de mal à me rappeler que je ne suis pas elle en vrai. Je m'en souviens parfois quand je tiens mon pénis et que je pisse, je me demande comment il est possible qu'une femme ai un pareil engin, alors ça me revient. Je panique, me traite de fou mais quand je la retrouve je me remets dans sa peau, il me faut quelques secondes mais je suis de nouveau elle. Je ne peux pas arrêter. Et puis ce n'est pas tout. J'ai remarqué qu'elle a grandi ou bien c'est moi qui rapetisse, oh ce n'est pas énorme mais je le sais. Je sais bien tout de même combien mesure mon corps! Ce n'est pas le pire cela dit. Juste hier j'ai trouvé du sang dans ma culotte. Je le lui ai dit et elle m'a répondu de ne pas en faire tout un plat. Je commence à avoir peur et en même temps ça me semble tout à fait naturel. Peut être qu'il vaudrait mieux que j'efface toutes ces lignes, que j’oublie qui je suis. C'est peut être un renouveau pour moi, une chance. Nous n'avons jamais été si heureux l'un dans l'autre. Pourquoi lutter? Je l'aime en moi et je m'aime en elle.

Je suis Marie et je suis folle amoureuse de mon Hubert, c'est un homme idéal, enfin.


Image de Patrick Jannin

5 commentaires:

Paracelsia a dit…

C'est trop doux!

Féebrile a dit…

Pas tant, pas tant

La Malvenue a dit…

L'amour et la folie vont souvent de pair...

Elodie rose a dit…

j'ai adoré. Le twist a la fin est brillant.

the madness of monsters a dit…

perfect!