lundi 6 décembre 2010

La comédie

Elle descendit subitement dans l'allée des hortensias pour découvrir son corps tel un petit oiseau mort sur les graviers, l'endroit était désert, inhabité par les bruits habituels de la nuit. Ce soir là il neigeait, elle s'agrippa à la maison comme si elle allait se déraciner, le vent souffla des flocons froids sur son cou.


Oscar était un enfant joueur, curieux, rieur, toujours de bonne humeur. Néanmoins, Oscar qui avait manqué d'air au moment de naitre, en avait gardé quelques séquelles, physiques et mentales. Il avait du mal à assimiler quelques notions simples, comme lacer ses chaussures, ajouter 2 et 2 ou être poli avec les inconnus. A côté de ça, il était tout à fait attendrissant, semblait avoir des facilités pour la musique ou le dessin et pouvait être très juste et intelligent dans ses propos. Son père les avait laissé tomber, sa mère et lui, peu après sa naissance, cette dernière lui répétant alors, dès qu'elle se sentait malheureuse, que c'était de sa faute. Ils avaient vécu ainsi, tout les deux, pendant quelques années, sa mère le supportant de moins en moins, s'irritant de toutes ses bêtises qui étaient, pour elle si évidentes mais incompréhensibles pour Oscar. Et puis sa mère avait rencontré

 Pierre, ils s'étaient plus et s'étaient mariés dans la foulée. Oscar et elle avaient emménagés chez lui, dans une grande maison hors de la ville. Sa mère s'était considérablement adoucit grâce à l'amour car, si Pierre avait l'intransigeance d'un homme pour qui l'honnêteté est primordiale, il savait aimer et prendre soin des gens. Si la mère dorénavant ne s'acharnait plus sur Oscar, elle ne s'en occupait plus non plus. Sans doute voulait-elle oublier le passé douloureux. Oscar se mit alors à faire plus de bêtises exprès, espérant ainsi ne serait ce qu'un signe d'elle, même si cela devait être une gifle. Mais le bonheur marital avait tout anesthésié et elle se contentait maintenant de lui sourire tristement ou de le relever parfois quand il tombait, comme on ramasse machinalement un objet qui nous aurait échappé des mains. C'est Pierre qui s'occupa d'Oscar, plus par pitié qu'autre chose, il ne voyait surement en lui qu'un petit oiseau tombé du nid, qui n'a plus beaucoup de temps, mais qu'on ne peut pas laisser mourir sous la neige. Même quand sa femme tomba enceinte et qu'Anna arriva, il continua de s'occuper d'Oscar, un peu plus distraitement, certes, mais quand même correctement. Pour sa mère, Anna était une merveille, elle était belle, parfaite, elle effaçait toutes ses erreurs passés, avec Pierre ils formaient, tout trois, la famille idéale, heureuse, complète. Ils ne cachaient pas pour autant Oscar aux yeux des autres. Les mères louaient le courage du couple mais au final oubliaient vite Oscar. Lui même se sentait étranger, il observait sa famille, sa petite soeur si lumineuse, riant dans les bras de ses parents, il les enviait, les trouvait beaux, les dessinait sans cesse. Parfois il se dessinait avec eux, sans sa tête qui fait une grosse bosse, non, une tête normale à côté de sa sœur, de sa mère et de son beau-père qui lui tenait la main. Ces dessins furent ses premiers fantasmes.
Anna grandit et devint une adorable petite fille, toujours habillée de robes brillantes aux nœuds roses, les cheveux bouclés entremêlés de fleurs qu'elle aimait glisser dedans. Oscar était en admiration devant ce petit être qui grandissait chaque jour devant lui, elle, ne le voyait pas, sans doute ignorait-elle ce qu'était un frère, trop occupée par les caresses de sa mère et de son père. Il y avait dans ses yeux, avait remarqué Oscar, la même lueur qu'on les chats qui vous guettent pour vous mordre les pieds ou griffer vos doigts, mais à qui on pardonne rapidement.
A un certain age, comme toutes les petites filles, Anna fut fatiguée de l'amour constant et étouffant de sa mère et, à la fois, contrariée de l'intérêt que son père portait à quelqu'un d'autre qu'elle, ici à Oscar. Il avait pourtant l'air si bête, se disait-elle. Elle comprit qu'elle pourrait arranger ces deux choses si sa mère s'intéressait plus à Oscar. Ainsi tout s'équilibrerait. C'est avec ce plan en tête, qu'elle se mit à rester avec son frère pour le mettre en avant. C'était évident, pour elle, qu'à être toujours dans son coin à faire le bête sa mère ne pouvait pas le remarquer. Ce n'eut pas l'effet escompté mais finalement, elle trouva Oscar très amusant. Quoi qu'elle lui dit, il le faisait. Il lui dessinait aussi des tas de cœurs ou de maisons, elle se fichait un peu des dessins mais c'était agréable de se voir offrir des choses. Quand ils allaient en course dans la ville d'à côté, elle lui demandait souvent de prendre ça ou ça et de le cacher sous son manteau. Elle avait toute une boite secrète où elle mettait ce qu'Oscar avait pris pour elle: des bonbons, des livres d'illustration, du rouge à lèvre, etc... En échange, elle jouait avec lui et ils riaient bien ensemble. Ils jouaient souvent à chat autour de la maison, un jour Oscar avait glissé sur les graviers et son genou avait saigné, c'était Anna qui l'avait fait tomber en le cognant dans sa course, mais il ne rapporta pas à leur mère. Anna en fut touchée et lui offrit une de ses poupées. Il lui demanda si, à la place, elle pouvait lui donner son collant qu'elle avait malencontreusement taché avec le sang de son genou. Elle trouva ça drôle mais accepta.
Anna avait prit l'habitude de se cacher sous la table, le soir, quand ses parents regardaient la télévision, pour voir ces programmes qu'on lui interdisait. Elle apprenait beaucoup de chose. Un jour, Pierre rentra du travail plus tôt et découvrit Anna tenant les pans de sa robe bien haut, devant les yeux écarquillés d'Oscar. S'ensuivit une grosse dispute, il punit Oscar le frappant pour la première fois. Il découvrit aussi tout les dessins fait par Oscar et la boite secrète. Il posa un ultimatum à sa femme. "Si TON fils recommence une seule fois, je l'envoie chez les fous". Oscar n'eut plus la permission de rester seul avec Anna, et les moments où il la voyait étaient très douloureux, il n'avait même plus rien pour la dessiner. Sa mère était désespérée et répétait des "pourquoi ai-je un fils pareil, va t'il encore tout gâcher?" tout en versant de grosses larmes qui s'écrasaient sur ses doigts flétris, les relations avec son mari s'étaient alors un peu détériorées. Oscar ne savait pas ce qu'Anna pensait de tout ça, si elle était aussi triste que lui de leur séparation. Si quand elle regardait son corps elle pensait à lui, comme lui le faisait.
Une nuit, Anna se glissa dans sa chambre, à moitié endormi Oscar cru rêvé.
"Il faut que je te parle, dit-elle, c'est une catastrophe, les parents sont vraiment fâchés, je ne comprend pas, maman m'a expliqué que pour montrer son corps, il faut aimer la personne... mais pas l'aimer comme un frère, mais comme un amoureux... Pourtant je prends bien des bains avec maman... En tout cas j'ai réfléchi à un autre plan. Il faut que tu me sauves de quelque chose, ainsi les parents seront si reconnaissants, qu'ils t'aimeront à nouveaux. Demain, quand ils rentreront de leur diner, et que la bonne dormira, comme toujours, à cette heure là, je ferais semblant de mourir, tu réveilleras la bonne et paniquée elle appellera les parents qui rentreront tout de suite, ils pleureront, sauf que toi, quand ils seront là, tu m'embrasseras sur la... bouche et je me réveillerais, comme dans le dessin animé, ainsi nous serons tous de nouveau heureux." Le lendemain les deux parents partirent pour leur diner et comme prévu la bonne, n'aimant pas veiller tard, s'endormit sur le canapé alors que les enfants regardaient les dessins animés. Anna plaquait ses petites mains sur sa bouche pour ne pas laisser sortir ses éclats de rire. "C'est le moment", dit-elle. "Comment vas tu faire pour mourir sans rigoler?", demanda Oscar. "Oui j'y ai pensé, il faut que je fasse la comédie, tu sais comme à la télé, les gens meurent, mais maman m'a expliqué, ils ne le sont pas vraiment, ils font semblant, même si ça à l'air vrai, tout est faux à la télé. Je vais m'allonger et tu vas mettre l'oreiller sur ma tête en appuyant pendant, heu, 20 secondes! Ensuite tu iras comme prévu réveiller la bonne." Oscar chevaucha Anna allongée qui ne put s'empêcher de laisser échapper un dernier petit rire, il fit ce qu'elle lui avait dit, il cola l'oreiller sur son visage et tenta de compter jusqu'à 20, il se trompa et recommença deux fois. A la fin Anna ne bougeait plus. Il ôta l'oreiller et l'observa, il se dit qu'elle pourrait surement jouer la morte dans tout les films du monde. Ses mains glissèrent le long de son maigre corps, il savait qu'il devait aller réveiller la bonne, mais il ne pu résister à l'envie de contempler la petite fille. Il déboutonna sa robe comme elle l'avait fait la dernière fois. Il se souvint néanmoins d'une chose et murmura alors à son oreille "je t'aime". Ces mots prononcés à voix haute le perturbèrent et en même temps coulèrent, à ce moment précis, de source. Ses yeux caressèrent son corps, ses mains effleurèrent la peau, les cheveux et comme elle ne disait rien, comme elle ne le disputait pas, comme elle était trop occupée par son rôle de morte, il resta ainsi des minutes, des heures. Il dessinait son Anna à l'intérieur de sa tête, de ses yeux, de son coeur. Il n'entendit pas ses parents rentrer, il ne remarqua leur présence qu'après le cri d'effroi de sa mère, il lui sourit à pleine dent et, toujours à califourchon, embrassa Anna mais elle ne bougea pas, il la secoua, mais elle restait molle sous ses mains. En une seconde il reçu un violent coup à la tête qui le fit voler plus loin, Pierre le regardait les yeux fous, il se jeta sur lui l'étranglant à son tour, Oscar ne pouvait plus respirer, sa vision se troublait, il ne voyait plus Anna. Soudain sa mère l'extirpa et tout en retenant son mari elle regarda Oscar dans les yeux pour la première fois depuis longtemps et, avec tout l'amour qu'il pouvait lui rester pour cet enfant, elle lui dit "Va t'en vite!" L'enfant compris et s'enfuit de la maison, pied nu et encore en pyjama. Son cou lui faisait atrocement mal et il manquait d'air. Il neigeait ce soir là, les graviers roulaient sous ses pieds alors qu'il courait vers les bois.

3 commentaires:

pierre le cornec a dit…

Another cool story! But what of Oscar? Perhaps a "part II" ??

Isabelle a dit…

No. The end is open but medidate, child - night - snow - wood - in pyjama....

pierre le cornec a dit…

Yes, in the woods, where he is found and raised by wolves, later to use his keen wolf-like senses to become a world famous detective, beyond the skills of Sherlock Holmes and, well, uh, no? Hmmm... Ok... ;)